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Full text of "Chemin de fer de Levis et Kennebec, et ses embarras"



CHEMIN DE FER LEVIS-KENNEBEC 



CH.SCOTT 



The EDITH and LORNE PIERCE 
COLLECTION of CANADI ANA 




^ueen's University at Kingston 



mb 



** . faâ. i, ¥zor 



CHEMIN DE FEÈ 



DE 



LEVIS ET KENNEBEC, 



Et ses Embarras, 



Par CHARLES A. SCOTT, 



UN DES CI-DEVANT OONTR ACTEURS. 



Histoire Concise des relations de Larochelle et 
Scott avec la ligne depuis son début jusqu'au 
temps actuel. 



4 



iT- e>. ^iawI/ 



QUEBEC: 

IMPRIMERIE DU " M0RN1NG CHRONICLE." 
1877.. 



Chemin de Fer 

DE LEVIS ET KENNEBEC, 

ET SES EMBARRAS, 
Par Charles A. Scott, 

UN DES CI-DEVANT OONTRACTEURS 



Histoire Concise des relations de Larochelle et 
Scott avec la ligne depuis son début jusqu'au 
temps actuel. 



§" 



Vû la position malheureuse dans laquelle la compagnie 
du Chemin de Fer de Lévis et Kennebec se trouve aujour- 
d'hui placée, dans une attitude hostile envers les capitalistes 
anglais qui ont construit le chemin au point Joù il en est 
actuellement rendu, et vû que le public n'a qu'une bien 
iaible connaissance de la position réelle de l'entreprise et 
*les circonstances qui ont causé les embarras actuels ; et 
plus particulièrement pour ma propre justification, moi qui 
ai induit mes amis anglais à placer leurs fonds dans l'entre- 
prise, je pense qu'il est à propos de soumettre au public 
dans cette brochure une histoire concise de l'entreprise et de 
ma liaison avec icelle, et en ce fesant, j'ose certifier que je 
ne suis mû par d'autres motifs que celui de la justice et de 



franchise à l'égard de tontes les personnes qni ont, de 
bonne foi, contribué à amener le chemin à l'état de per- 
fection où il se trouvait, lorsque les embarras malheureux, 
qui sont dernièrement survenus, ont fait naître le désaccord 
et l'animosité dans une entreprise si importante et qui 
promettait tant pour les intérêts de la Province de Québec. 



La Compagnie du Chemin de Fer de Lévis et Kennebec 
fut incorporée par Acte du Parlement Provincial en 1869, 
dans le but de construire un chemin de fer d'environ 90 
milles de longueur, de Lévis à la ligne de frontière des Etats 
Unis, dans le Maine, et le 31 Décembre 1870, un contrat 
fut fait avec M. J. B. Hulbert pour construire 50 milles de 
chemin à rails de bois, de Lévis à St. François, moyennant 
le prix de $6,000 comptant par mille, parachevé et en état 
d'exploitation. Durant l'été de 1871 à peu près 27 milles 
furent nivelés (au coût pour le contracteur, de $44,000 
comptant), pour lesquels la Compagnie paya environ $65,- 
000 en débentures municipales au pair et en argent. Les 
souscriptions au stock de la Compagnie à cette époque (et 
elles n'ont jamais augmenté depuis) se montaient à environ 
$104,780, composé comme suit : 

Ville de Lévis $5 0,000 en bons de la Corporation 

St. Anselme 12,000 

Noms de particuliers.. 42,780 argent comptant. 

Avec en sus une subvention du G-ouvernement de $1,710 
par mille, représentant environ $2,870 par mille. Tel était 
le montant que la Compagnie avait pour construire un che- 
min à rails de bois de 90 milles de long, qui devait avoir 
coûté $6,000 par mille ! 

C'est durant le cours de l'été de 1871 que je rencontrai 
pour la première fois M. Larochelle, et dans l'hiver de 1872 






* 5 

nous entrâmes en société, non pas pour construire le chemin 
de fer, mais pour entreprendre un sous-contrat de M. Hulbert 
afin de fournir les traverses et le bois pour 30 milles du 
chemin, et nous nous trouvâmes engagés au montant 
d'environ $30,000, pour le paiement desquels nous devions 
avoir recours à M. Hulbert, et par son entremise, à la Com- 
pagnie du Chemin de Fer de Lévis et Kennebec. 

M. Hulbert fut malheureux dans ses contrats et ne put 
faire honneur à nos réclamations, et il ne restait plus de 
fonds à la Compagnie, de sorte que (dépourvus de res- 
sources nous-mêmes) nous dûmes faire en dehors des efforts 
pour nous rembourser. En janvier, 1873, Larochelle et 
Scott firent un arrangement avec M. Hulbert, par lequel ce 
monsieur consentit à abandonner totalement le contrat, et 
nous devions lui être substitués. L'entreprise de la pre- 
mière section (30 milles) nous fut concédée par la Compa- 
gnie, nous, nous engageant de notre côté à construire cette 
section du chemin, et à accepter comme nos profits son 
exploitation pendant vingt ans. (Ce bail fut subséquem- 
ment prolongé à 99 ans sur tout le parcours de la ligne, 90 
milles.) 

Les chemins à rails de bois n'ayant pas répondu au but 
que l'on s'était proposé en les construisant, l'idée de cons- 
truire ce chemin avec des rails de bois fut abandonnée, et 
je préparai un prospectus pour un chemin de fer, pensant 
que je n'avais qu'à me rendre sur le marché de Londres 
pour me procurer tout le capital dont j'avais besoin, dans 
l'espace de quelques jours. Je partis pour l'Angleterre en 
mars 1873, et dans l'intervalle, grâce à la générosité de M. 
Jas. G-. Ross, de Québec, qui nous avança les fonds suffi- 
sants, nous fûmes en état de liquider la plus grande partie 
de notre passif. 

Rendu à Londres, je constatai qu'il m'était complète- 
ment impossible de négocier les bons d'un chemin qui, en 



6 

réalité, n'avait rien à donner comme garantie à part la 
mince somme de $2,870 par mille, souscrite ici par le Gou- 
vernement et par le peuple. Après avoir passé environ 
quatre mois à Londres, fesant tous mes efforts pour négocier 
un emprunt, je revins au Canada, n'ayant nullement 
atteint mon but, mais laissant la négociation dans les 
mains d'un ami personnel, M. J. "W. Cunningham, qui s'en- 
gagea à faire de son mieux pour négocier l'emprunt voulu. 
L'on verra plus tard comment il réussit à remplir son en- 
gagement. 

Aussitôt après mon retour au Canada, j'entrai en pour- 
parlers, par l'entremise de M. Hulbert, avec des personnes 
de New York, et m'assurai de 600 tonnes de rails de fer, et 
d'une locomotive, qui nous permirent de poser six miles de 
la voie. Pour le paiement de ce matériel, des bons du 
chemin furent donnés comme garantie collatérale, avec 
l'entente que le montant pour lequel nous étions respon- 
sables, serait payé lorsque nous aurions négocié notre em- 
prunt en Angleterre. 

Pour nous mettre en état de payer le fret, et de poser les 
rails, nous empruntâmes de l'argent, nous reposant sur 
notre succès en Angleterre pour le rembourser. En octobre 
1873, M. Cunningham me télégraphia de me rendre en 
Angleterre, disant qu'il espérait pouvoir procurer des fonds 
pour nous permettre de continuer. Je partis par le steamer 
suivant, et à mon arrivée fus présenté par lui à John 
Langham Reed, Ecuier, contracteur et agent de change, 
qui s'occupait de l'examen de notre projet, et après m' être 
renseigné aux meilleures sources de la condition de M. 
Reed, et avoir reçu le meilleur rapport de son caractère 
comme homme d'honneur, et en état de pousser notre 
projet, j'entrai en arrangement avec lui (sujet à son appro- 
bation par la Compagnie) pour qu'il nous fit des avances 
afin de continuer les travaux, et en vue de notre position 
critique, j'obtins de lui la somme de <£1,500 sterling pour 



transmettre par dépêche télégraphique, nous mettant en 
état de payer notre main d'œuvre, etc., et de nous sauver 
de la banqueroute. 

EXTRAITS DE LA CONVENTION. 

Les extraits suivants de la convention (qui fut ratifiée par 
la Compagnie) entre J. L. Eeed, écr., et la Compagnie de 
Chemin de Fer de Lévis et Kennebec s'expliquent par eux- 
mêmes, quant à la nature de toute la transaction : 

" L'acquéreur s'engage à faire ses plus grands efforts pour 
11 disposer des dites débentures, et rendra compte à la Corn- 
" pagnie pour un aussi grand nombre d'icelles dont il aura 

" disposé moyennant comme susdit 

11 par débenture," (chaque débenture représentant une va- 
leur nominale de j€100.) 

" L'acquéreur aura le choix d'acheter les débentures de la 
" Compagnie des seconde et troisième émissions de cent 
' ; mille livres (£100,000), chacune aux termes et conditions 
" ci-haut déjà donnés à l'égard de la première émission des 
,: débentures de la Compagnie, pourvu toujours que dans 
" le cas où l'acquéreur vienne à acheter plus tard les dé-* 
" bentures de la Compagnie des seconde et troisième émis- 

11 sions, il rende compte à la Compagnie à raison de 

11 par débenture, pour chaque débenture de cent louis 
s ' (jC 100) de telles seconde ou troisième émissions." 

Les termes exacts sous lesquels cette convention fut 
exécutée étaient que le Bail existant entre la Compagnie et 
Larochelle et Scott serait annulé aussitôt que je serais de retour 
au Canada, et qu'un contrat que lui (M. Reed) rédigea serait 
passé au lieu du dit Bail, vu qu'il lui serait impossible d'entre- 
tenir mes négociations pour des avances sur une ligne de che- 
min de fer, où il existait un bail entre la Compagnie et lescon- 
tr acteur s. Le contrat, au lieu du bail, fut duement exécuté 
et le bail annulé. 



8 

Ce contrat stipulait que les con tracteurs devaient cons- 
truire le chemin de fer, et le mettre en état d'exploitation 
pour et en considération de la somme de .£3,300 par mille en 
bons (ou revenus), et $32,018 par mille en stock payé de la 
Compagnie, avec toutes les subventions du Gouvernement 
et des municipalités. 

Les Bons en sterling furent duement exécutés, et la pre- 
mière émission de £100,000 fut expédiée à M. Eeed, avec 
la Procuration qui suit : 

PEOCURATION. 

" A tous ceux qui verront les présentes, ou qu'icelles 
" pourront en aucune manière intéresser, la Compagnie du 
M Chemin de Fer de Lévis et Kennebec, une compagnie 
" duement incorporée par un Acte de la Législature de la 
" Province de Québec, dans la Puissance du Canada, sanc- 
" tionné le 5ème Avril, 1869, amendé par un Acte sanc- 
" tionné le 24ème Décembre, 1872, et par un acte sanction- 
" né en 1874, Salut : Attendu que nous, la dite Compagnie, 
" en vertu et en conformité du pouvoir qui nous est ac- 
" cordé par le dit Acte d'Incorporation et les actes amen- 
" dant icelui, proposons de vendre les débentures de pre- 
" mière hypothèque de sept par cent de la Compagnie de 
" la première émission au montant de cent mille livres 
" sterling (£11)0,000), et à cet eflet nous nous proposons de, 
" nommer John Langham Eeed, de No. 1 King's Arms 
" Yard, dans la Cité de Londres, Angleterre, notre Agent 
" et Procureur. En conséquence, soyez informés mainte- 
" nant, que nous, la dite Compagnie du Chemin de Fer de 
" Lévis et Kennebec, en considération des prémisses, avons 
" et par ces présentes nommons, constituons et désignons le 
" dit John Langham Eeed, notre Agent et Procureur, pour 
" recevoir les dits Bons à mesure qu'ils lui seront de temps en 
*' temps remis, et pour négocier, vendre et disposer d'iceux, 
" soit en personne ou par l'entremise de banquiers, courtiers 



u ou agents qu'il aura nommés sous telles réserves et cori- 
" ditions qu'il jugera convenables, et pour recevoir et faire 
" rentrer les revenus d'iceux, et pour donner les quittances 
" pleines et entières et des acquittements pour iceux, pour 
" nous, et en notre nom, aussi complètement que nous le 
" pourrions faire. 

" Par ces présentes donnant et accordant à notre dit 
" Agent et Procureur autorité pleine et entière dans les 
" prémisses, ratifiant et convenant de ratifier et de confirmer 
" tout ce que notre dit Procureur fera légalement, ou fera 
• ; faire en vertu des présentes. En foi de quoi, nous, ladite 
' ; Compagnie du Chemin de fer de Lévis et Kennebec, &c, 
Si &c. 



(Signé,) 


J. ΠBLANCHET, 




Président, 


(Signé,) 


E. DEMERS, 




Secrétaire." 



Que la convention avec M. Reed fût heureuse et favorable, 
c'est constaté par le fait que, depuis cette époque les promo- 
teurs de chemins de fer aux Etats-Unis ont offert des Bons 
à Londres sur des chemins en opération à cinquante pour 
cent d'escompte, sans réussir à faire aucun emprunt d'ar- 
gent ; et que des hommes de l'influence de Sir Hugh Allan, 
lion. Thos. McGreevy, le Président du Crédit Valley Road 
de Toronto, le contracteur du Québec Central et autres, aient 
passé des mois et des mois à Londres, s'efforçant de faire 
circuler leurs bons, et qu'ils aient dans tous les cas échoué 
dans leurs tentatives vers ce but; et cependant ce- chemins 
avaient des capital-actions et des octrois municipaux variant 
de $4,000 à $10,000 par mille, sans compter des subventions 
considérables du Gouvernement, tandis que le Lévis et 



10 

Kennébec, comme je l'ai démontré, n'avait que $1,160 par 
mille provenant de ces sources. Quelques-uns des chemins 
d'Ontario, tels que le Toronto et Nipissing, qui, de fait, ré- 
ussirent à négocier leurs bons, ont dû limiter leur émission 
à $8,000 par mille, tandis que le Lévis et Kennébec obtint 
£3,300 sterling par mille. 

A mon retour à Québec, je me rendis à New York, et nos 
créanciers en cet endroit, qui nous avaient fait des avances 
considérables, se déclarèrent complètement satisfaits de la 
négociation que j'avais faite en Angleterre, vu qu'ils avaient 
des rapports très satisfaisants au sujet de la position de M. 
Rééd. Grâce à la générosité de M. Eeed, qui nous avait 
fait une avance préliminaire de £1,500, les affaires mar- 
chèrent très-bien à Québec, et les travaux avancèrent 
durant l'hiver de 1873 et 1874. Dans le printemps de 1874, 
notre première expédition de 1,4-00 tonnes de rails, et dans 
l'automne, 600 tonnes de surplus arrivèrent expédiés par 
M. Eeed, ainsi que des avances nous mettant en état de 
continuer nos travaux, et dans l'automne de 1874, nous 
avions parachevé 30 milles du chemin. Notre passif aux 
Etats-Unis, au montant de $70,000, fut aussi liquidé par M 
Eeed. 

Dans l'automne de 1874, je fis des arrangements satisfai- 
sants avec la Compagnie Rhode Island Locomotive Works, 
et la Compagnie Wason Mafivfacturing, pour deux locomo- 
tives additionnelles, et cinq wagons de première classe qui 
furent duement livrés en novembre. Ces achats furent 
faits sur la seule confiance qu'on avait dans nos négocia- 
tions en Angleterre. 

Nous continuâmes de recevoir des avances d'Angleterre 
jusqu'en Mai, 1875, et M. Eeed avait réussi â faire circuler 
la première émission de £100,000 de débentures, et nous 
avait avancé environ £9,000 en sus de ce qu'il nous avait 
promis de faire, pour lesquels il ne retenait que la seconde 
émission comme garantie collatérale. 



11 

Comme nous pensions qu'il était très à propos de cons- 
truire quinze milles de plus de la ligne, (jusqu'à St. Joseph) 
je partis pour l'Angleterre en Avril, 1875, pour faire tout en 
mon pouvoir afin d'engager M. Reed à nous faire les avances 
requises, et après beaucoup de difficultés, il y consentit, rete- 
nant la seconde émission de bons comme garantie collaté- 
rale, vu que le marché ne permettait pas de les mettre en 
circulation. Une procuration semblable à celle envoyée 
en première instance lui fut expédiée, le mettant à même 
de disposer de la seconde émission. 

Le 20me juin de la même année, notre première section 
de trente milles fut ouverte au traffic. Les rails pour les 
quinze milles additionnels n'étant pas arrivés avant sep- 
tembre, nous ne pûmes pas achever les travaux jusqu'à St. 
Joseph cet automne, mais en juillet, 1876, les quinze milles 
additionnels furent inspectés par l'Ingénieur du G-ouver- 
nement. 

Le Gouvernement en 1875 accorda une aide addition- 
nelle, augmentant la subvention à $3,800 net, de sorte que 
le montant total qui fut employé à la construction effective 
du chemin de fer (43 milles) jusqu'au temps actuel est 
comme suit : 

DU CANADA ET DES ETATS-UNIS. 

Aide du Grouvernement $157,800 

Moins — Fonds de dépôt mis en 
garantie pour rencontrer l'inté- 
rêt sur les Bons 74,385 



$ 83,415 0) 
:^criptions privées au chemin 
à rails de bois, effectivement 
payées, comme il apparaît par 
la liste du Stock dernièrement 
publiée $ 42,780 ( 2 ) 



12 

Corporation de Lévis au chemin à 

rails de bois (en Bons) 50,000 («) 

St. Anselme, indirectement, par 
l'entremise de particuliers 
(Bons) 12,000 (') 

Passif encouru complètement sur 
le crédit de M. Reed (y compris 
$15,000 avancées par MM. Ross, 
Caron, Beaudet, et autres), 
moins le roulant dont ont de- 
puis pris possession les proprié- 
taires 115,098 00 

$303,293 00 



ou environ $7,000 j)ar mile. 

D'ANGLETERRE. 

Fourni par M. Reed en argent 
comptant et en rails jusqu'en 
Avril, 1874 (sur la rjremière 
émission de Bons) .£ 55,000 

Fourni par M. Reed en argent 
comptant commes avances,* de- 
puis Avril, 1874, jusqu'à date, tel 
qu'il apparait par le rapport (sur 
les bons de seconde émission)... 53,195 



Sterling .£108,195 



ou à $4.86 par £ $525,827 70 

ou $12,083 par mille. 

il ne faut pas non plus oublier que les montants portant 
les numéros 2, 3 et 4 ($104,780) furent donnés et souscrits 
pour un chemin à rails de bois, entrepris moyennant $6,000 
par mille. Ces souscripteurs ont maintenant un chemin 



13 

de fer à sa place, ce qui doit certainement dépasser ce 
qu'ils en attendaient lorsqu'ils donnèrent ce qu'ils ont de 
l'ait donné ! 

Plusieurs correspondants anonymes se sont, par la voie 
des journaux, efforcés, depuis que les embarras actuels sont 
commencés, de prouver que sur le montant dépensé à la 
construction du chemin, 48 par cent ont été fournis par M. 
Reed et ses amis, à rencontre de 52 par cent fournis par 
les actionnaires, le Gouvernement, et les personnes aux- 
quelles les $115,098 sont dues. 

Or, en laissant les souscriptions du Gouvernement et 
d'autres personnes du Canada demeurer telles qu'elles sont, 
le montant ainsi souscrit représenterait $303,293 ou, environ 
$7,000 par mille, à l'encontre des avances d'Angleterre de 
$525,827, ou $12,083 par mille ; et je maintiens que la sub- 
vention du Grouvernment est donnée en qualité de bonus 
aux personnes qui viendraient à fournir les fonds pour con- 
duire l'entreprise à bonne fin, ainsi que les souscriptions de 
Lévis et St. Anselme, qui représentent $62,000. En con- 
séquence le tableau suivant devrait être considéré comme 
une juste comparaison : 

Souscriptions privées $ 42,780 

Dette flottante encourue sur le crédit des né- 
gociations en Angleterre 115,098 

Total....' $157,878 

ou $3,650 par mille, 

à l'encontre des avances réelles venues d'Angleterre, telles 
que portées au tableau, $525,827, ou $12,083 par mille. 

Dans ce qui précède, je n'ai fait que citer les chiffres réels 
dos montants en argent pour démontrer où en sont les affaires 
en fait de finances entre la Compagnie du Chemin de Fer 



14 

de Lêvis et Kennebec et M. Rééd. Je veux maintenant 
démontrer la position du mortgage ! 

Sur la première section de la ligne, environ 30 milles, 
pour ne point parler de la seconde section, il y a une dette 
en bons, (des bons mis en circulation et tenus en Angle- 
terre) de <£3,300 sterling par mille, et sur laquelle on s'at- 
tend à faire payer un intérêt de sept pour cent par année, 
(ou en chiffres, £1,000 par année.) Le Fonds de dépôt 
fourni par la subvention du Gouvernement est épuisé, et 
le 1er juillet prochain, c£3,500 seront dus, et il n'y aura pas 
de fonds pour les solder, et le bail avec M. Sénécal, comme 
on peut le voir", ne fait pas même allusion à aucune dette 
en bons existante. 

Les obligations sur le chemin sont en conséquence : 

Dette de bons sur la 1ère section =£100,000 

Avances de M. Eeed sur la 2cme émission de 

£100,000 de bons 53,195 

£153,195 

ou à $4.86 par £ $744,527 

on environ $17,000 par mille. 

Ceci, il nous semble, doit être passablement clair poul- 
ies personnes qui possèdent aucune connaissance de chiffres. 

M. Reed ne s'était jamais pour un instant attendu à ce 
qu'on lui demandât de fournir tout l'argent requis pour la 
construction de la lig'ne, mais se reposait sur l'action libérale 
du Gouvernement et des Municipalités, pour l'aider à 
mener à bonne fin une entreprise si importante à la Pro- 
vince ; mais, à ce sujet, cependant il fut grandement déçu, 
car, malgré tous ses efforts en 1875 et 1876, pour obtenir 
une aide additionnelle du Gouvernement, du Comté de 



Beauce, et dé Lévis, il né réussit pas à les convaincre dû 
fait que l'on ne pouvait se procurer des capitaux anglais 
pour des entreprises de chemins de fer, à moins que le 
peuple, profitant directement de l'entreprise, n'agisse à un 
degré raisonnable. 

Peut-on blâmer M. Reed d'avoir ressenti un fâcheux dé- 
sappointement à la vue de l'apathie et de l'indifférence 
manifestée par le Grouvernement et par le peuple après 
avoir été si libéralement assistés par les capitalistes an- 
glais, et qu'on se rappelle bien que le chemin de fer de 
Lévis et Kennebec est la seule ligne de chemin de fer, 
dans la Province de Québec, dont les garanties aient été 
quotét's sur la Bourse de Londres. A part de ces contre- 
temps, permettez-moi de vous faire observer que dans le 
prospectus publié, et à l'aide duquel j'ai fait les négocia- 
tions pour les capitaux anglais, les revenus du trafic sur 
les premiers 30 milles furent estimés (j'ai fait les calculs sur 
la même base qni est établie par les ingénieurs d'Ontario et 
dos Etats-Unis, tenant compte de la r)opulation et des pro- 
duits du District à être desservi par le chemin,) à $180,000 
par année en bloc, équivalant à $6,000 par mille, ou beaucoup 
moins que le Grand Tronc et autres chemins canadiens ne 
gagnent Tandis que les recettes réelles sur 30 milles ne 
sont montées qu'à environ $32,000 par année, on a à peine de 
quoi payer les dépenses que nécessitent le fonctionnement 
de la ligne, et sur les 45 milles, ce montant ne s'est pas accru 
Je n'ai nullement envie de douter qu'aussitôt que le com- 
merce de bois s'améliorera, et que le peuple s'accoutumera 
au chemin de fer comme moyen de communication, les 
recettes ne soient beaucoup plus considérables ; et en effet 
j'ai encore la ferme conviction que si jamais la ligne est 
parachevée de manière à se relier au système des chemins 
de fer des Etats Unis dans le Maine, et avec le Québec 
Central, et que l'immense étendue de terres non occupées 
dans le Comté de Beauce, admirablement adaptées à un éta- 



10 

blissement, et destinées à devenir le jardin de la Province 
aura été développée par son entremise, le chemin de Lé vis 
et Kennebec deviendra avec le temps, une des lignes les 
plus profitables et les plus utiles dans la Province ; mais 
dans l'intervalle nous ne pouvons nous étonner que M. 
Reed ait été rudement désenchanté de voir qu'après l'ex- 
piration d'une année de fonctionnement, les recettes n'aient 
pu produire une seule piastre, pour solder l'intérêt sur 
les débentures. Je suis d'opinion que les recettes auraient 
pu être considérablement augmentées, dans le cas où le 
terminus à Lé vis eût atteint un point plus convenable, et que 
celui de St. Joseph se fût rendu au village, mais en dépit 
de tous les efforts faits dans ce but, on ne put obtenir une 
seule piastre en guise d'aide soit de Lévis ou de St. Joseph 
pour effectuer l'extension. 

En raison de toutes ces circonstances, il fut impossible de 
continuer la ligne ou de faire circuler les Bons de la se- 
conde émission, et M. Eeed naturellement refusa de faire de 
nouvelles avances jusqu'à ce que le Gouvernement et les mu- 
nicipalités eussent donné une assistance plus effective. On 
doit évidemment comprendre que M. Reed ne s'engagea 
nullement à acheter les Bons, mais qu'il ne ferait que rendre 
compte à la Compagnie en conformité du taux mentionné 
dans la convention quand il ferait une émission publique, et 
il fut naturellement porté à croire que dès le moment qu'on 
aurait progressé bonâfide, le Gouvernement et les munici- 
palités concourraient d'une manière sensible à pousser l'en- 
treprise, pour le mettre en état de faire circuler les Bons et 
de parachever la ligne. 

En novembre dernier, vu la position critique dans la- 
quelle se trouvaient les finances de la compagnie, et des 
contracteurs, et la réunion prochaine de la Législature Pro- 
vinciale, il crut devoir traverser l'Atlantique, (ce qu'il ne 
put faire qu'en sacrifiant considérablement ses affaires 
privées en Angleterre) dans le but de soumettre les affaires 



17 

au Gouvernement, et de constater ce qu'on pouvait faire 
pour parachever la ligne. Aussitôt arrivé ici, il se trans- 
porta par la ligne j'usqu'à St. Joseph, (son terminus actuel,) 
et de là se fit conduire en voiture jusqu'à St. G-eorges, et à 
son retour à Québec en vint à la conclusion, que vu que 
les recettes du trafic ne fesaient que rembourser le coût du 
fonctionnement de la ligne, il serait inutile de continuer la 
construction du chemin pour le présent, à moins : 

lo. Que le Gouvernement n'augmentât leur aide d'une 
manière effective. 

2o. Que les municipalités ne se montrassent intéressées 
dans l'entreprise, et ne souscrivissent un montant raisonna- 
ble pour leur venir en aide. 

3o. Que le parachèvement des lignes Américaines s'y 
reliant jusqu'à la frontière des Etats-Unis, ne fût assuré 
aussitôt que le Lé vis et Ivennébec aurait atteint ce point. 

M. Reed considéra qu'en continuant les travaux dans les 
circonstances actuelles, sans aucune chance de continuer la 
circulation de bons sur une ligne qui était incapable de 
payer l'intérêt sur ceux déjà émis, il en résulterait la créa- 
tion d'une dette flottante considérable, sans espoir prochain 
de la payer, et la disgrâce et banqueroute finales de tous 
ceux intéressés dans l'entreprise. Pour ces considérations 
il proposa au Gouvernement le plan suivant, et dans lequel 
il fut assisté par la compagnie, savoir : 

lo. Que dans le but de garantir le paiement de l'intérêt 
sur les premiers .£100,000 de débentures, (à l'encontre des- 
quels le trafic actuel ne peut nullement contribuer) il x>ro- 
posa d'aider à construire le chemin de fer Quebac Central 
depuis son terminus actuel jusqu'à "Weedon, environ 45 
milles, pour former une connexion à la Jonction Scjtt avec 
le Lévis et Kennebec, et il considérait que l'augmentation du 

3 



18 

trafic de cette source couvrirait pleinement l'intérêt néces- 
saire, savoir : £7,000 par année ! 

2o. Que le Gouvernement accordât la subvention à la- 
quelle le chemin de fer de Lévis et Kennebec aurait droit 
sur la partie non' parachevée de leur ligne, qui ne se mon- 
terait qu'à environ $60,000, (déduction faite du montant 
transporté pour garantir les porteurs de bons,) pour être ap- 
pliqués au chemin de fer Québec Central, cette compagnie 
donnant comme garantie collatérale les débentures de ce 
chemin à leur valeur vendable, cet emprunt devant être 
remboursé aussitôt que les bons seraient vendus î 

Le Gouvernement refusa de consentir à cette proposition, 
et de faire aucune augmentation sur le montant total de la 
subvention accordée en 1875, mais passa une mesure pro- 
posant d'accorder une aide temporaire à ce chemin ainsi 
qu'à d'autres, comme suit. (On peut facilement voir que 
cette mesure ne pouvait être que de peu de service à un 
chemin qu'on devait parachever dans tout son parcours.) 

(BILL DE L'ASSEMBLÉE, No. 105.) 

" Acte pour amender la loi concernant les octrois en argent 
" faits à certains chemins de fer, et pour autres fins. 

' ' QA MAJESTE, par et de l'avis et du consentement de 
kj la Législature de Québec, décrète ce qui suit : 

1. Le Lieutenant-Gouverneur en Conseil, aussitôt que 
" les compagnies des chemins de fer suivants : 

" Le chemin de fer de Lévis et Kennebec ; 

" Le chemin de fer Québec Central, 'Québec Central Rail- 
" way Company] 

" Et le chemin de fer Intercolonial de St. François et Mé- 
" gantic, 



là 

" Auront mis les parties complétées de leurs chemins eii 
" bon état d'exploitation, à sa satisfaction, pourra leur 
" avancer, à compte sur leur subside, lo. une somme de 
" $1,000 par chaque mille de chemin ainsi complété, en sus 
" des $4,000 qu'elles ont reçues ou peuvent être maintenant 
11 en droit de recevoir, et 2o. sur la balance totale du sub- 
" side qui leur a été accordé pour toute autre partie de leur 
" chemim qu'elles peuvent compléter dans la suite, une 
" autre somme à un montant tel et de manière que cette 
" avance faiïè^il reste à payer pas moins de $2,000 par 
" mille, sur la partie du chemin à être complétée dans la 
" suite, et qu'il ne soit dans aucun cas avancé plus de 
" $0,000 par chaque mille de chemin. Le Lieutenant-G-ou- 
" verneur en Conseil pourra exiger que la somme de $1,000 
" par mille avancée aux Compagnies mentionnées dans la 
11 section précédente, sur les parties complétées de leurs 
" chemins, soit employée à parfaire ces parties de chemin 
" et à payer ce qu'elles pourront devoir pour le droit de 
" passage, la main-d'œuvre et le roulant." 

Qu'il me soit permis de dire ici que l'idée de M. Eeed 
était que, vu que le chemin de fer Québec Central avait 
des bons municipaux considérables, il serait relativement 
facile de parachever cette ligne, et qu'une fois cette ligne 
parachevée il serait relativement facile de négocier les bons 
à Londres sur une ligne de chemin terminée, et le para- 
chèvement de cette jonction aurait pu être fait cette année. 

Ne réussissant pas à mettre ce plan à exécution, il fut 
forcé d'envisager les choses d'une manière différente. Les 
dettes des contracteurs s'élevaient à environ $130,000, (mon- 
tant plus tard réduit à $115,000 par le fait que les proprié- 
taires du matériel enlevèrent ce qui leur appartenait,) et le 
fonds spécial pour le paiement de l'intérêt sur les dében- 
tures était épuisé, de sorte que quelque mesure décisive dut 
être adoptée. Il fit alors les propositions suivantes : 



20 

lô. Que la main-d'œuvre des contracteurs et le prix du 
droit de passage (privilégié) fussent payés à même l'avance 
devant être faite par le Gouvernement d'après l'octroi que 
la compagnie avait le droit de recevoir. Ce montant devait 
être complètement absorbé à cet effet, et laisser encore les 
dettes existantes des contracteurs au montant d'environ 
$100,000. 

2o. Que lui, M. Eeed, ferait une avance de quinze cen- 
tins par piastre en argent pour payer aux i«M«4atté»imf à 
compte. ^-*~c*nc^Ce *s 

3o. Qu'un certificat d'obligation devait être fourni par 
la Compagnie à chaque créancier pour la balance qui lui 
revenait, et que dès le moment que la Compagnie serait en 
état de continuer ses travaux, ces obligations seraient 
payées à même les revenus de la troisième émission de 
bons, et une garantie serait donnée à cet effet. 

4o. Que dans le cas où les créanciers accepteraient cette 
proposition, tout le stock de la Compagnie de chemin de 
fer de Lévis et Kennebec, possède par Larochelle et Scott, 
en vertu de leur contract, serait transporté à M. Rééd. 

Il demanda le transport du stock pour le mettre en état 
de contrôler l'entreprise, (et pourquoi pas ? voyant qu'il 
avait fourni presque tous les fonds qui s'y trouvaient) et 
dans le but ultérieur d'empêcher qu'il ne tombât entre les 
mains d'une multitude de gens qui pourraient lui causer de 
l'embarras plus tard dans l'administration des affaires de la 
Compagnie ! 

.Te prétends que c'était une offre généreuse de sa part, 
parcequ'il n'était nullement responsable des dettes des con- 
tracteurs, parce que nous l'avions engagé à placer des fonds 
dans une entreprise qui tourna à son grand désavantage, et 
qu'il n'avait pas besoin du stock pour contrôler le chemin, 
vu qu'il n'avait qu'à faire valoir l'hypothèque, (Bon,s) qu'il 



21 

avait, afin de s'en assurer la complète possession, et par ce 
moyen raver toutes les réclamations des créanciers, des con- 

tracteurs et des premiers actionnaires ! 

M. Larochelle, mon associé, s'opposa de la manière la 
plus formelle à ces propositions ; et les Directeurs de la 
Compagnie du chemin de fer de Lévis et Kennebec, quoi 
qu'approuvant le règlement proposé, ne voulurent jamais 
consentir à la dernière proposition par laquelle le contrôle 
des élections et du chemin devait être donné à l'homme 
qui avait fourni les fonds, et à qui on est redevable de la cons* 
truction de 45 milles de chemin. 

N'ayant pu en venir à un arrangement amical et raison- 
nable des embarras se rattachant à l'entreprise, M. Reed 
n'avait d'autre recours que celui de procéder légalement 
contre la compagnie, mais non sans avoir préalablement 
donné avis aux Directeurs de ses intentions et leur avoir 
demandé le paiement des avances qu'il avait faites de bonne 
foi. 

Vers le 13 janvier, après avoir confié le maniement de 
ses affaires aux mains de l'Hon. G-eorge Irvine, ainsi qu'une 
procuration à M. Cunningham, M. Eeed partit pour l'An- 
gleterre, joliment désenchanté (inutile de le dire) de ses rap- 
ports avec le chemin de fer de Lévis et Kennebec, sa pre* 
mière entreprise au Canada. 

Le six février eut lieu l'assemblée annuelle des action» 
naires de la compagnie du chemin de fer de Lévis et Ken- 
nebec (dont un compte rendu complet fut publié dans le 
C /iront de du 7me) et de dire que la conduite des directeurs 
et des quelques actionnaires présents manqua d'égards pour 
M. Eeed, serait l'expliquer d'une manière très modeste ! 

Les procurations d'à peu près 300 actionnaires remises 
au président et au secrétaire, avec environ une demi 
douzaines de personnes présentes, et représentant en tout 



environ $40,000 réunis, contrôlèrent l'élection, tin refus 
opiniâtre d'enregistrer le vote (3,200 actions) de la Wason 
Manufacturing Co., dont la compagnie avait acheté des 
wagons à passagers au montant de $20,000, et qui avait 
accepté de bonne foi le stock comme garantie collatérale 
(mais que le secrétaire n'avait pas mis de record dans 1ers 
livres de transport) ainsi que le refus d'enregistrer le vote 
du syndic de Larochelle et Scott, quoique muni d'un ordre 
de la cour, mit ces messieurs à même de faire à leur guise, 
et d'élire ceux qu'ils voudraient, et ayant élu le bureau de 
direction qui suit, MM. E. Beaudet, J. B. Renaud, F. X. 
Lemieux, L. P. Demers, W. C. Carrier, Z. Audet, A. Fortier, 
Q-. O. Taschereau, et Michel Cahill, les actionnaires par pro- 
curations, se mirent en frais de disposer de la propriété des 
porteurs de bons en louant toute la ligne du chemin de fer 
à M. Sénécal, un parfait étranger à l'entreprise, aux condi- 
tions suivantes : 

BAIL. 

" L'an mil huit cent soixante-dix-sept, le sixième jour de 
Février. 

" Ont comparu devant le Notaire Public pour la Province 
de Québec, en la Puissance du Canada, résidant en la cité 
de Québec, soussigné. 

*' La Compagnie du Chemin a lisses de Lévis à Kenne- 
bec, corps politique et incorporé, ici représentée par Fran- 
çois Xavier Dulac, écuier, de St. George, Comté de Beauce, 
Alfred Morisset, écuier, médecin, de Ste. Hénédine, et Jean 
Baptiste Michaud, écuier, de Lévis, à ce dûment autorisés 
par et en vertu d'une résolution adoptée à une assemblée 
générale des actionnaires de la dite compagnie tenue à 
Lévis, le six Février courant, de la première part ; 

" Et Louis Adelard Sénécal, écuier, demeurant à Pierre- 
ville, District de Richelieu, Entrepreneur de Chemins de 
fer, de la deuxième part ; 



23 
Lesquels sont convenus de ce qui suit, savoir : 

11 La dite Compagnie du chemin à lisses de Lévis à Ken- 
nebec cède et transporte au dit Louis Adelard Sénécal tous 
les droits qu'elle peut avoir en vertu du contrat passé entre 
elle et Messieurs Larochelle & Scott, avec pouvoir de de- 
mander la résiliation du dit contrat, ainsi que tous ses 
droits au matériel roulant, et autres qui se trouvent actuel- 
lement sur le dit chemin et ses dépendances, tant celui qui 
lui appartient que celui qu'elle a loué, avec privilège d'en 
garder la possession aux conditions auxquelles elle peut la 
garder elle-même, et pour les fins des présentes, prendre ou 
défendre à toutes procédures judiciaires qu'il croira conve- 
nables pouvu qu'il le fasse à ses frais et dépens. 

" En outre, la dite Compagnie loue au dit Louis Adelard 
Sénécal, pour douze ans, à compter de ce jour, toute la ligne 
du chemin de fer maintenant construit et a être construit, 
comme ci-après dit ; le dit Louis Adelard Sénécal en per- 
cevra pendant le dit bail tous les fruits et revenus. 

" Le dit Louis Adelard Sénécal s'oblige à accomplir avec 
toute la diligence possible les conditions auxquelles peut 
être payé le subside octroyé à la Compagnie par le Statut 
passé à la dernière session de la Législature de cette Pro- 
vince, et à payer les diverses sommes maintenant dues pour 
la complétion, droit de passage, main-d'œuvre et roulant, 
tel que voulu par le dit Statut, et, après paiement de ces 
sommes ou de partie d'icelles, il aura le droit de toucher le 
dit subside ou la partie d'icelui correspondant aux sommes 
qu'il pourra avoir payées comme suit. 

11 II aura de plus, pendant le cours du dit bail, le droit de 
toucher les subsides octroyés ou qui pourront être octroyés 
par le Gouvernement et les souscriptions municipales ou 
privées, faites pendant icelui. 



24 

M En considération de ce qui précède, le dit Louis Ade- 
lard Sénécal paiera à la Compagnie, dans les trente jours 
de la ratification des présentes, tel que ci-après pourvu, la 
somme de deux mille piastres, et pareille somme, d'année 
en année, à pareille date, pendant le cours du dit bail. 

M Le dit Louis Adelard Sénécal paiera de plus, le premier 
de chaque mois, à compter du et y compris le premier Juin 
prochain, la somme de deux mille piastres, jusqu'à concur- 
rence de la somme de cent tr entre mille quatre-vingt-dix- 
huit piastres et huit cents, pour éteindre les dettes portées 
et détaillées aux états A. B. C. D. F. G-. H. et M. ci-annexés. 

" Et dans le cas où le dit Louis Adelard Sénécal produi- 
rait des reçus, quittances ou transports en sa faveur pour 
aucune des sommes portées aux dits états, les dits paie- 
ments de deux mille piastres seront réduits dans une pro- 
portion égale à la proportion que pourront avoir les sommes 
ainsi payées au dit montant total de cent trente mille 
quatre-vingt-dix-huit piastres et huit cents. 

" Il pourra aussi contester, à ses risques et périls, aucune 
des dites réclamations, et toute telle dette ou partie d'icelle 
qui pourrait être mise de côté sur cette contestation sera 
censée être un paiement par lui fait, et dont il lui sera 
donné crédit dans la proportion ci-haut indiquée. 

"La dite Compagnie s'engage à subroger le dit Louis 
,-. Adelard Sénécaljknstou^^ qu'elle pourra 

avoir à raison des dettes qu'il pourra avoir ainsi payées. 

" Le dit Louis Adelard Sénécal s'oblige d'entretenir en 
bon ordre et en opération la partie du chemin déjà fait et 
le chemin à être construit comme ci-après dit, et de cons- 
truire de manière à ce qu'elle soit reçue par l'Ingénieur du 
Gouvernement, dans un an, à compter de ce jour, la partie 
du chemin qui ne l'est pas encore, pour amener le terminus 
aux terrains situés dans la ville de Lévis et appelés " Ter- 



25 

rains Shaw," à la condition que la ville de Lôvis ou la 
Compagnie fournisse le droit de passage à partir du termi- 
nus actuel à aller aux dits " Terrains Shaw." 

14 Le dit Louis Adelard Sénécal s'oblige de plus à termi- 
ner et à faire recevoir par le dit Ingénieur, dans le môme 
délai, la partie du dit chemin de la paroisse de St. Joseph à 
et dans celle de St. François, savoir : environ dix milles, 
pourvu que les souscriptions municipales ou privées dans 
cette dernière municipalité s'élèvent à la somme de dix 
mille piastres. 

" Il aura aussi le droit de prendre les rails de la Compa- 
gnie, déposés comme garantie collatéralle entre les mains de 
la Banque Nationale, en par lui payant le montant pour 
lequel ils sont ainsi engagés. 

" Le dit Louis Adelard Séné cal s'oblige faire et cons- 
truire et faire accepter comme susdit, dans trois ans, à 
compter de ce jour, les trente-cinq milles de chemin qui 
resteront à construire depuis l'endroit atteint comme susdit 
à St. François jusqu'à la frontière, pourvu que le subside 
du Gouvernement et les souscriptions municipales ou pri- 
vées, accordées et à être accordées pour cette partie du dit 
chemin s'élèvent en total k la somme de dix mille piastres 
par mille. 

" Le dit Louis Adelard Sénécal s'oblige faire toutes les 
diligences possibles pour obtenir la ratification des présen- 
tes par les créanciers des dits Larochclle et Scott, et à dé- 
faut par lui d'obtenir l'assentiment de la majorité en nom- 
bre et en valeur nécessaire à cette fin, dans les trente jours 
de la nomination légale d'un syndic à la faillite des dits 
Larochelle et Scott et d'en produire une résolution légale, 
les présentes seront censées non avenues, sans recours pour 
dommages ou autrement par le dit Louis Adelard Sénécal 
contre la dite Compagnie, ni par cette dernière contre le dit 



26 

Louis Adelard Sénécal, sauf dans le cas où il aurait failli à 
l'exécution des obligations à lui imposées. 

11 Et dans le cas où la nomination du dit syndic ne pour- 
rait avoir lieu avant le premier mars prochain, les termes 
de paiements sus-mentionnés et chacun d'eux seront remis 
pour une période égale à celle qui se sera écoulée entre le 
dit premier mars et la date de la nomination du dit syndic, 
et les dates ci-dessus ♦xées pour la complétion des travaux 
seront également étendues pour une même période de 
temps, et à l'expiration du dit bail le matériel roulant du 
dit chemin et accessoires d'icelui appartenant à la Compa- 
gnie, actuellement sur le chemin, appartiendront â la dite 
Compagnie. 

l * Dans le cas où le dit Louis Adelard Sénécal manquerait 
à faire aucun des paiements susdits, comme aussi dans le 
cas où il manquerait à compléter, aux diverses époques sus- 
mentionnés, aucune des parties du dit chemin aussi sus- 
mentionnées, aux conditions ci-dessus, la Compagnie pourra 
lui donner un avis de paiement, et s'il ne s'est pas confor- 
mé à ses obligations dans les trente jours du dit avis, la 
Compagnie rentrera en possession de tous les droits par elle 
maintenant cédés et tous les travaux exécutés, paiements 
faits et, matériaux alors transportés sur les lieux seront for. 
faits par le dit Louis Adelard Sénécal et retourneront de 
droit à la dite Compagnie. 

" A l'expiration du dit bail le dit Louis Adelard Sénécal 
laissera sur la ligne une quantité de matériel roulant égale 
en valeur à celui qui se trouve actuellement la propriété 
de la Compagnie, et qui se trouve sur la dite ligne et ses 
dépendances. 

" Dont acte fait et passé en la ville de Lé vis, sous le nu- 
méro deux mille neuf cent soixante-quatorze, des minutes 
de Mtre. Jacques Auger, le Notaire soussigné, 



27 . 

" Et les comparants, agissant respectivement comme il 
est dit ci-dessus ont signé les présentes, le sceau de la dite 
Compagnie y ayant été apposé, lecture faite. 

(Signé,) L. A. Sénécal, 

" F. X. Dulac, 

" Dr. Alf. Morisset. 

J. B. Michaud, 
" .Tac. Auger, N.P. 

Vraie copie de la minute demeurée 
en mon étude. 

(Signé,) Jac. Auger, N.P. 

Avant de procéder à la considération de cette convention 
absurde, je dois rendre justice à l'un des directeurs élus, 
en citant l'avis suivant qui parut dans le Chronich du 14 
février, et qui n'a pas besoin de commentaires. 

AVIS. 

'• .T'ai été surpris de voir mon nom dans le Chronicle du 
" 7me du courant, comme ayant été élu sur le nouveau 
" bureau de direction de la compagnie de chemin de fer de 
" Lôvis et Kennebec, et j'ai attendu en vain d'en être in- 
" formé officiellement, afin de résigner une charge, à la- 
" quelle j'avais été nommé sans ma connaissance ni mon 
u consentement, j'ai l'honneur de déclarer à tous les inté- 
' ; ressés et au public en général, que par les présentes je 
" résigne la charge de directeur de la compagnie du chemin 
" de fer de Lévis et Kennebec, et que je suis étranger à 
" cette entreprise. 

" Québec, 13 février, 1877. 

"(Signé,) J. B. RENAUD." 

Que le lecteur ne perde pas mémoire du fait que ce bail a 
été approuvé, et pour ainsi-dire signé par .plusieurs des direc- 



28 

leurs mêmes Qui savaient que M. Reed avait refusé d'avancer 
un centin au profit de V entreprise, tandis quHl existait un bail 
avec les contr acteurs, et qui eux-mêmes avaient pris part à une 
résiliation du bail, en y substituant un contrat préparé par M. 
Reed, et sachant quil avait déclaré d'une manière positive, que 
les bons ne pouvaient se vendre sur aucun chemin de fer en pré- 
sence d'un bail existant ; je déclare en présence de ces faits que 
le bail suscité a été passé avec M. SénécaL 

Mais que clirai-je du bail? Qu'en résultera-t-il clans 
toutes tentatives futures de procurer des capitaux en An- 
gleterre, pour l'acquit de chemins de fer, quand on saura 
que les intérêts des premiers reclamants (porteurs de bons) 
sont sacrifiés et ignorés? Peut on voir dans ce document 
une clause par laquelle on pourvoit au paiement de l'inté- 
rêt sur ces bons. Peut on voir aucune mesure prise pour 
le paiement du principal =£200,000 ? Non ; on ne fait 
nullement mention de ces items, ce sont de pures bagatelles 
pour ceux qui prennent part au bail. 

Et les revenus du chemin, qui avaient été garantis aux 
porteurs de bons pour le paiement de l'intérêt et du fonds 
d'amortissement, sont donnés à celui qui a entrepis l'ex- 
ploitation du chemin, sans aucune stipulation pour la pé- 
riode de douze années. 

Le paiement de .£14,000 par année d'intérêt, sans parler 
d'un fonds d'amortissement pour rencontrer les débentures 
à leur échéance, est une simple bagatelle qui n'a jamais 
occupé la compagnie ni celui qui a entrepris d'exploiter le 
chemin. Est-ce qu'une cour de justice soutiendra une 
procédure de ce genre ? J'espère bien que non, dans l'in- 
térêt du pays. 

Examinons une autre clause importante de ce document : 
" Le locataire devra construire la ligne au-delà de St. George 
" (35 milles), pourvu seulement que la somme de $10,000 






29 

" par mille lui soit garantie par octrois du Gouvernement 
" et des municipalités !" Ceci était précisément ce que M. 
"Reed avait exigé. Si le Gouvernement, les municipalités 
ou le peuple lui eussent garanti §10,000 par mille sur cette 
dernière section, aucune des difficultés actuelles ne serait 
survenue, et le chemin eut été construit, et les ci-devant 
contracteurs auraient maintenu leur solvabilité ï 

Si $10,000 par mille pouvaient être réalisées, pourquoi 
changer les contracteurs ? Qu'a fait M. Sénécal pour mé- 
riter cet avantage qui lui fut voté par des actionnaires 
représentant une valeur de $40,000 de stock, à l'encontre 
d'un intérêt de ,£200,000, pour lequel les capitalistes An- 
glais tiennent la compagnie responsable ? 

L'assemblée annuelle a lieu, le bail est signé par trois 
actionnaires représentant 75 actions ($750) de stock, et no- 
nobstant l'opposition la plus déterminée de la part des 
aviseurs légaux des capitalistes Anglais contre le bail et 
l'action de la compagnie, le prétendu locataire prend pos- 
session forcée du chemin, en dépit d'un gardien, et les pro- 
priétaires du chemin sont forcés en conséquence d'attendre 
l'action des Cours de Justice pour obtenir justice et posses- 
sion de leur propriété ! 

Quels devront être les résultats de telle action quant à 
leur effet sur des souscriptions futures en Angleterre en 
faveur des garanties de chemin de fer ou d'autres entre- 
prises, je laisse le public à en juger. 

Je n'ai que peu de choses à ajouter à ce que j'ai déjà dit, 
mais je veux me justifier aux yeux de tous mes amis qui 
m'ont aidé à surmonter les difficultés de cette entreprise. 
Je ne veux rien insinuer contre mon ci-devant associé, 
quant à ce qui concerne la part de l'ouvrage qui lui fut 
confié, je dois rendre hommage à son énergie infatigable 
et à sa persévérance dans les efforts que nous avons dû 
faire pour réussir. 



30 

Là position que j'ai prise à l'heure qu'il est à l'égard des 
embarras du chemin de Lévis et Kennebec, consiste sim- 
plement en ce que je suis déterminé à soutenir ceux qui 
m'ont aidé de leur argent dans mon entreprise, et si, dans 
les circonstances, je ne puis faire autre chose, je pourrai au 
moins montrer ma reconnaissance à ceux de mes amis en 
Angleterre qui ont reyjosé confiance en moi. 

Après avoir donné une version véridique et simple du 
chemin de fer de Lévis et Kennebec, et de ses embarras 
actuels, dans laquelle on produit des faits incontestables, 
je viens à la question, quel profit en ai-je retiré, après cinq 
ans de travail et d'inquiétudes ? 

Les profits ont été si considérables que je juge à propos 
de les classifier ! 

lo. J'ai retiré des fonds fournis par M. Recel, $1,500 par 
année, (M. Larochelle autant,) dont un montant considé- 
rable reste encore à mon avoir dans les livres des ci-devant 
contracteurs ! 

2o. Le nouveau locataire m'a intenté une action pour 
conspiration, parce que je faisais mon possible pour proté- 
ger les intérêts de mes amis qui ont avancé les fonds pour 
construire le chemin ! 

3o. Et en dernier lieu, j'ai été en but aux critiques tant 
de la presse Française que du peuple, comme cédant à 
une influence nationale pour renverser la direction actuelle, 
et la soumettre complètement au contrôle Anglais, et j'ai 
même été accusé par un correspondant anonyme, dans le 
Canadien, de ne pas avoir consulté les intérêts de mes 
créanciers, en m'opposant au règlement que M. Sénécal 
propose de faire avec eux. 

Le fait est, néanmoins, que M. Eeed propose de ne pas 
nuire en aucune manière aux intérêts des actionnaires de 



31 

la compagnie, et de ne faire dans le bureau de direction 
(il proposa de réélire le Président et les officiers de la 
compagnie, et tous les members de l'ancien bureau de 
direction excepté deux) que le peu de changements qui. 
dans son opinion, contribueraient à l'avancement de l'en- 
treprise, en conséquence je ne puis comprendre pourquoi 
cette affaire dût renfermer aucun élément national. De 
plus, quant à mon opposition à la proposition de M. Séné- 
cal d'en venir à un arrangement avec nos créanciers, elle 
est survenue parce que je doute fort que ce monsieur 
puisse le mettre à exécution; d'un côté, parce que je ne 
pense pas que la convention qui lui accorde les profits de 
l'exploitation du chemin — la propriété des porteurs de bons 
— soit légale, et secondement, parcequeje suis convaincu que 
dans le cas où elle le serait, les profits de son exploitation 
ne seraient pas suffisants, pour quelques années à venir, 
pour payer les $2,000 par mois, que M. Sénécal s'engage 
à payer, même en supposant que l'engagement important 
qu'il a entrepris lui permît de fournir cette somme à 
cet effet. D'un autre côté, je suis d'opinion que la propo- 
sition de M. Svuô'L'ttfy dans le cas où elle serait acceptée, aura ~jp 
pour effet de payer au complet ces créanciers bien avant * * 
l'expiration des cinq années et demie qui devront s'écouler 
avant de mener à terme le projet de paiement proposé par 
M. Sénécal. 



Je ne puis terminer cette brochure sans exprimer mon 
profond regret à la vue de la position malheureuse où se 
trouvent les affaires de cette entreprise qui naguère pro- 
mettait tant pour l'avenir ; une position d'antagonisme 
entre ses intérêts variés, qui, suivant moi, est aussi inutile 
que peu sage. La région la plus belle de la Province de Qué- 
bec, un district riche en bois, en minéraux et en sol, et ren- 
fermant la plus grande étendue de terre propre à la coloni- 
sation, et qu'on pourrait encore mettre à profit, n'attend que 



82 

le parachèvement de ce chemin de fer pour se développer 
et se peupler. Assurément il est assez difficile dans ce 
pauvre pays de se procurer des capitaux pour nous venir 
en aide, sans vouloir agir de mauvaise foi, ou se chicaner 
sur une question du peu d'importance de celle qui a causé 
l'embarras actuel, qui ne manquera pas, je le crains, de 
remettre à un temps éloigné, sinon à complètement empc. 
cher l'exécution d'une entreprise si importante à la cité et à 
la Province de Québec. 

Mon histoire tire à sa fin, mais je ne puis terminer sans 
reproduire l'éditorial suivant contenu dans le Globe hebdo- 
madaire de Toronto, qui se rattache à la cause en question, 
et intitulé "La Construction de Chemins de fer." 



LA. CONSTRUCTION DE CHEMINS DE FER. 

Le Globe de Toronto dit : — On prétend quelquefois que 
les chemins de fer qui, en grande partie, ont été construits 
au moyen de boni des municipalités, devraient en perma- 
nence appartenir à ceux qui ont ainsi fourni une grande 
portion des fonds. On peut facilement constater que cette 
prétention est erronée. Les chemins de fer sont maintenant 
pour toutes fins pratiques les chemins ordinaires de tout pays 
qui a des prétentions au progrès et à la civilisation. Sans 
eux les habitants souffrent de grands désavantages. . Plus la 
population est clair semée, et le pays nouveau, plus ces 
chemins sont nécessaires, et moins il est probable que J 'en- 
treprise soit de suite en état de se suffire à elle-même. 
L'objet que se propose la grande masse dû peuple en venant 
en aide à un chemin de fer est de construire le chemin et 
de le tenir en opération. Une fois ce point gagné, ils ont 
un retour complet pour leur argent. Si le G-ouvernement 
accorde de l'aide, c'est p Dur la même raison. Mais les action- 
naires ordinaires, et ceux qui ont avancé de l'argent sur les 



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bons du . chemin, se trouvent dans une position différente. 
Ils ne retirent rien, à moins qu'ils n'aient leurs capitaux en 
sûreté, et que les intérêts ne leur soient payés. Le bon 
sens et la justice s'accordent à dire que dès qu'ils encourent 
la plus grande partie du risque, ils devraient ea retirer les 
profits. En dépit de l'aide en boni et des avances du G-ou- 
vernement, le plus grand nombre des chemins de fer qui 
ne sont pas à la rigueur des ouvrages publics sous le con- 
trôle national, n'auraient jamais eu de commencement réel 
sans le secours de fonds particuliers. Supposons que, com- 
plètement épuisés, ils eussent été mis forcément en vente 
et vendus pour ce qu'ils pourraient rapporter, il n'y aurait 
aucun doute qu'il ne fût raisonnable et convenable que les 
acheteurs n'exerçassent sur eux une influence contrôlante 
en autant que pourraient le permettre les engagements 
antérieurs des promoteurs. Ils ne pourraient qu'acheter ce 
qite l'autre aurait en vente, et si la propriété avait été 
grevée de certaines conditions à l'égard des taux du fret, et 
l'expédition de trains à passagers à certains temps et a cer* 
tains prix du passage, par conséquent les acheteurs seraient 
liés par ces conditions précisément de la même manière 
que l'étaient les premiers gérants et directeurs. Que sont 
donc des porteurs de bons de chemins de fer dans bien des 
cas, si ce n'est des personnages occupant une position ano- 
logue à celle d'acheteurs, sous un contrat de vente ? Et qui 
a le droit de s'Opposer à ce qu'ils occupent une telle posi- 
tion et exercent une telle influence, sinon ceux qui sont 
prêts, dans l'intérêt public, à acheter leurs réclamations et 
à leur permettre de profiter de l'entreprise aussi bien que 
les autres qui ont contribué à son exécution ? Ceux qui 
donnent des boni ont tout ce qu'ils exigent quand la ligne 
Ètet en voie d'exploitation, et transporte leurs effets, et con- 
court û faire le développement de leur district. Le Gou- 
vernment a tout ce qu'il désire quand le pays est avantagé. 
Que retirent les actionnaires et porteurs de bons ? Le risque 
de perdre les fonds qu'ils y ont placés ou la chance de 



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vendre l'entreprise plus tard rémunérative après peut-être 
des années d'inquiétude, et après avoir versé des sommes 
additionnelles dans ce but afin d'empêcher la perte de tout 
ce qu'ils y avaient risqué. 



Je laisse maintenant le sujet entre les mains du public, 
avec pleine confiance qu'un jugement impartial sera rendu. 

CHAS. A SCOTT. 
Québec. 29 mars, 1877.